Les souliers de ma grand-mère
- Mayline Terrettaz
- 9 juin 2017
- 2 min de lecture
Dernière mise à jour : 4 mai 2022

À ma grand-maman Malou qui nous a quitté le 5 juin 2017, à l'âge de 98 ans.
***
J’ai trouvé, caché au fond de l’armoire de ma grand-maman, plusieurs pairs de chaussures.
Des pairs usées, celles qui ont servi.
Des pairs neuves aussi, celles qui pourraient servir. Parce qu’il faut être prévoyant, parce qu’il faut être soigné et bien vêtu et que les chaussures représentent celui qui les porte.
« Regarde mes souliers et tu sauras qui je suis ».
Alors j’ai regardé…
Et j’ai vu un petit soulier verni. Celui de l’enfant, le précieux soulier, celui du dimanche.
J’ai vu des chaussures de ville, celles de montagne, celles d’intérieur.
Des sandales d’été aux chaussons des mois d’hiver.
Puis les confortables, celles qui viennent avec le temps, parce que marcher n’est plus aussi aisé. Des pantoufles hautes, chaudes et douillettes qui tiennent le pied maintenant fatigué.
J’ai trouvé des chaussures parfaitement entretenues, parce que l’on soigne nos biens, parce que l’on protège ce qui nous permet d’avancer.
J’ai trouvé des boites à chaussures empilées, des cartons transformés en boites à trésor, parce qu’avec le temps on accumule et on conserve.
Je n’ai trouvé aucunes vieilles "godasses", parce que même si elles se veulent être confortables et parfaitement moulées à nos pieds, c’est avec de nouvelles chaussures que l’on explore davantage.
La chaussure trouée prend tout son sens, lorsqu’avec satisfaction on s’en défait pour accueillir un nouveau modèle.
Malou a porté de nombreux souliers dans sa vie.
Ses pieds l’ont transportée, ses yeux l’ont obligée, son cœur l’a guidée.
Elle a suivi ce qui lui semblait être juste.
Elle a vécu comme il lui semblait être bon.
Elle a trouvé sur son chemin toutes les chaussures dont elle avait besoin.
Lorsque son pas s’est ralenti, son espace s’est ouvert.
Alors qu’on la croyait sans chaussures, elle polissait la paire que le Ciel allait lui offrir.
Aujourd’hui elle voit, elle rit, elle chante.
Elle se lève sans crainte car demain n’existe plus.
Les escaliers ne sont plus un obstacle.
Les montagnes lui sont accessibles jusqu’aux étoiles.
À son insu, elle nous a montré le chemin, à nous d’emboiter son pas, que nous recevons comme un cadeau.
Que pourrais-je lui souhaiter d’autre qu’une nouvelle collection de chaussures?
Des espadrilles pour les jours légers, des bottes de pluie pour sauter dans les flaques.
Des pointes de ballerines, des claquettes.
Je l’entends murmurer à nos oreilles, l’entendez-vous ?
« Guidez vos pas, mais pas votre vie. Laissez place à l’imprévu. Prenez le temps d’observer, d’aimer…
Mais rangez soigneusement vos chaussures. »
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